Cadran solaire, calendrier et temples Khmers

Prasat Phu Phek

17°11.5296' N - 103°56.2356' E

L'ancien temple Khmer "de montagne" le plus au Nord

 

Au dessus : La montagne de Phu Phek sur le côté gauche de la photo. La photo fut prise d'une position plein Est vrai de Phu Phek aux environs du solstice d'été 2004. Le soleil se couche à sa position la plus au Nord et se positionnera au sommet de Phu Phek à l'équinoxe.
 
Contenu de cette page web :

1. Introduction
2. Datation de Prasat Phu Phek
3. Un vieux mythe au sujet de Prasat Phu Phek
4. Un nouveau mythe au sujet de Prasat Phu Phek
5. Détermination de l'orientation
6. Le socle carré comme outil de calendrier
7. Le point équinoxial

 

1. Introduction

     Prasat Phu Phek ("Le temple sur la montagne de Vénus") est localisé à 22 km à l'Est - "comme les corneilles volent" - de la vile de Sakon Nakon et est le "temple de montagne" le plus au Nord de l'ancienne sphère d'influence Khmer. Le terme de "temple de montagne" est dans ce texte défini comme un temple au sommet d'une montagne. Le terme de "temple de montagne" est utilisé dans la documentation comme un temple construit sur une "montagne" artificielle ou une colline terrestre, "où la principale idole était placée au sommet d'une pyramide dressée" (Briggs, p. 202). Les deux sortes de temples partagent les mêmes caractéristiques comme d'être élevé au dessus de la terre à un niveau d'où l'horizon est visible, qui fait du site une place bien adaptée aux observations astronomiques. Avec son élévation d'environ 520 mètres au dessus du niveau de la mer, le temple est le Prasat le plus élevé de la totalité de l'ancien Empire Khmer. En même temps Prasat Phu Phek indique aussi l'extension la plus au Nord de la sphère d'influence Khmer au 11 ième siècle après J.C.
     L'auteur de cet article a dirigé des études et des expériences sur Prasat Phu Phek depuis sa première visite en 1999 - en partie à cause de son emplacement élevé unique, en partie parce que Prasat Phu Phek est à seulement 70 Kms de son site astronomique test, où il dispose d'un cadran solaire de type "gnomon" et où il procède à des expériences dans la construction de portes solaires orientées sur l'axe Est-Ouest vrai, uniquement par l'usage du soleil, dans une tentative trouver comment les peuples anciens auraient pu déterminer le jour de l'équinoxe et le point équinoxial, où le soleil se lève le jour de l'équinoxe.

     La province de Sakon Nakon, qui est localisée dans le coin Nord-Est du Nord-Est de la Thaïlande, abrite au moins 3 autres anciens sites Khmer : Prasat Naria Cheang Weng (styles de Baphuon à Angkor Wat), Prasat Ku Phanna (une "chapelle d'hôpital" de Jayavarman VII de style Bayon) et le "pont" de Saphan Khom (probablement un "pont" de cérémonie de style Bayon de Jayavarman VII). Il peut y avoir plus de sites comme certains temples bouddhistes actuels qui pourraient avoir été construits au dessus des anciens sites Khmer.
     Au Nord de ces sites nous connaissons seulement un autre temple Khmer : un temple de Jayavarman VII à Vientiane au Laos.


Au dessus : Une carte GPS montrant l'emplacement de Prasat Phu Phek. Le temple est localisé plein Est du réservoir de Nong Han et presque plein Est de Prasat Chaeng Waeng (2 degrés de moins).

 

2. Datation de Prasat Phu Phek

     Nous ne disposons pas de documents écrits, comme par exemple des stèles gravées en sanskrit ou en Khmer ancien, sur Prasat Phu Phek. Une estimation de son âge peut être faite uniquement par comparaisons indirectes, le style de ces temples avec d'autres temples semblables, temples qui contiennent des documents écrits...

     Le Département des Beaux-Arts de Thaïlande indique dans le livre, Ancient Sites in NE-Thailand, que le site "appartient probablement à l'art de style Baphuon" (1050 - 1080 après J.C. couvrant les règnes d'Udayadityavarman II et Harsavarman III). Un poteau indicateur sur le site donne la même datation. Un second indique 11 ième - 12 ième siècle après J.C. et dès lors inclus le style d'Angkor Wat. Le dernier poteau indique : "Ceci est un sanctuaire hindou qui comprend une grande tour de pierres de sable - faisant face à l'Est - et deux petits étangs dans le Nord ...". Comme aucuns fragments de la superstructure ont été découverts, il est supposé que la tour était inachevée. Deux morceaux d'objets importants ont été découverts à l'intérieur du sanctuaire ; à savoir, une base de pierre avec un trou carré dans son milieu, dont on pense qu'il pouvait contenir des auspices, et un base carrée avec son milieu octogonale d'un Linga Shiva qui était habituellement surmonté d'une partie cylindrique, qui est cassée.
     Un poteau indicateur sur le chemin de Sakon Nakhon (Autorité du Tourisme Thaïlandais ?) date le temple du règne de Jayavarman VII (1181 - +- 1220 après J.C.) sans dire plus sur le sujet. Un Thaï local qui fait de la recherche astro-archéologique sur le Prasat Phu Phek, Monsieur Sansonthi, privilégie aussi l'idée que le fervent empereur Jayavarman VII (de bouddhisme Mahayana) serait l'initiateur du temple. Il ajoute également comme argument que le linga a été érigé par les adeptes locaux de Shiva (sic.).

     L'auteur de cet article pense que le Prasat Phu Phek date d'Udayadityavarman II (Baphuon, 1050 - 1066) se basant sur la "forme pyramidale" des pierres de la base, ce qui peut également être vu à d'autres structures identifiées comme étant de style Baphuon. La base en pierres ou socle et les lingam Shiva se retrouvent très souvent dans d'autres temples de Baphuon à Angkor.

 


Au dessus : La façade Est de Prasat Phu Phek
 
Au dessus : Prasat Phu Phek

Au dessus : Plan de Prasat Phu Phek (courtoisie du Département des Beaux-Arts).
 
Au dessus : Chambre centrale.              Au dessus : Le cadre original.

 

3. Un vieux mythe au sujet de Prasat Phu Phek

     "Suwannapikka, souverain local qui a construit le temple pour vénérer les cendres de Lord Bouddha et de Phra Mahakasapa qui étaient le principal disciple de Lord Bouddha, est venu les adorer au Prasat Phu Phek avec 500 autres moines. Le souverain a donc décidé de construire deux Prasats ! Un au sommet de la montagne de Phu Phek (phu = montagne, phek = Vénus) et un autre, le Prasat Naria Cheang Weng, dans la plaine. Le premier temple avait une main-d'oeuvre masculine et le second une féminine. Les deux groupes durent rivaliser lors de la construction et le vainqueur reçu les cendres de Lord Bouddha. Il aurait été dit aux deux groupes de construction que le travail devait être terminé avant que Vénus ne devienne à nouveau visible à l'horizon. Le groupe féminin truqua l'arrivée de Vénus en utilisant un ballon avec du feu qui pendait en dessous, faisant croire aux hommes que c'était Vénus, et quand les hommes virent la boule de feu ils pensèrent que c'était Vénus et cessèrent de travailler. Et c'est pourquoi le temple est resté inachevé jusqu'à nos jours."

     C'est ainsi que l'histoire a été racontée à l'auteur il y a quelques années. Plus tard il fut informé que cette histoire, ou mythe, n'avait rien de local. L'explorateur français Etienne Aymonier, qui parmi d'autres tâches, conduisait une étude sur les temples Khmer du Sud-Est Asiatique au cours de la fin du 19 ième siècle, rapporta qu'il avait entendu des variantes de la même histoire à beaucoup d'endroits au Cambodge, au Sud Laos et dans le Nord-Est de la Thaïlande.

     Notes sur le mythe :
     La légende est celle du pouvoir des hommes et des femmes, qui rivalisent les uns les autres - avec une limite céleste : le levé de Vénus.
     Vénus est invisible pour l'oeil humain, lorsque "trop proche" du soleil. Quand la séparation angulaire d'avec le soleil devient suffisante Vénus devient visible. C'est aussi appelé un lever hélicoïdal et a été décrit dans plusieurs textes d'astronomie hindoue, Siddhantas, plusieurs centaines d'années avant la construction des deux temples concernés dans l'histoire.
     Les noms "Suwannapikka" et "Phra Mahakasapa" ne sont ni Khmer ancien ni même sanskrit - et les deux temples sont hindous, pas bouddhistes.

A gauche et à droite:
Une ancienne statue de Bouddha maintenant exposée au Wat Phu Phek au pied de la montagne. Postérieur au Bayon ?

 

4. Un nouveau mythe au sujet de Prasat Phu Phek : Phu Phek comme "calendrier solaire"

     En visitant Phu Phek autour du solstice d'hiver 2002 l'auteur a observé un signe écrit à la main, sur le socle situé à l'extérieur droit le sanctuaire central, qui indique Surya Phatthithin, "calendrier solaire", et retournant à Sakon Nakon au solstice d'été 2004, le poteau indicateur du Tourisme Thaïlandais (dont question plus haut) a donné la même information, qui semble maintenant être devenu la vérité officielle.
     Cherchant après des informations et des éléments de discussion l'auteur a visité Le Centre Culturel de Sakon Nakon à l'Université Rajabhat de Sakon Nakon où les conférenciers ne savaient rien au sujet de cette matière. Plus tard dans la journée un chercheur de la Faculté des Langues a apporté un rapport de la Faculté du Tourisme - un rapport écrit en thaï par Monsieur Sansonthi.

     Le rapport ne peut pas être considéré comme un travail académique car il ne contient aucunes données qui peuvent être vérifiés. La conclusion est que le Prasat Phu Phek est un "calendrier solaire", Surya Phatthithin, avec des analogies aux Stonehenge et temples Maya. Le calendrier est censé donner les jours de solstice et d'équinoxe. L'argument principal de cette théorie est que les trous dans le socle carré (incorrectement connu sous le nom de yoni) sont alignés avec les équinoxes et solstices. Une "preuve" de ceci est que le socle doit être orienté vers le point équinoxial (lever du soleil le jour de l'équinoxe). Une photo montre un compas qui indique que l'orientation magnétique est 90 degrés Est. Un autre "preuve" est une photo qui montre une personne qui tient un aplomb sur une ligne en aplomb avec le soleil levant à l'arrière, et apparemment prise quelques 10-15 minutes après le lever du soleil le jour du solstice. Une troisième "preuve" sont des photos qui montrent, le jour de l'équinoxe, le soleil se levant au-dessus du linga cassé, également prisent quelques 10-15 minutes après le lever du soleil. L'argument technique est l'usage d'un programme informatique d'astronomie, mais il n'y a aucune mention des données entrées et des données sortantes.

     Commentaires sur les photos :
     1. La première photo montrant le socle orienté à 90.0° degrés du Nord magnétique, indique que la véritable orientation est de 87.5° et, de cette façon, ne pointe donc pas vers le point équinoxial. La déclinaison magnétique n'est pas prise en considération, ce qui est une sérieuse erreur.
     2. La deuxième photo qui montre une personne qui tient un aplomb contient plusieurs erreurs : La première est qu'il doit y avoir deux lignes d'aplomb pour représenter un alignement (tout comme nous avons besoin, en géométrie de base, de deux points pour construire une ligne). La deuxième erreur est que le soleil, quelques 10-15 minutes après son lever, a changé d'azimut (voir la ligne rouge sur la photo ci-dessous). La troisième erreur est qu'un champs de vision sur seulement 50 mètres ne peut pas donner de lectures exactes parce que la position du soleil levant autour des solstices change à peine de jour en jour - une champs de vision devrait être dans la gamme des 10 kms. Quatrièmement, l'objet en question, le socle, n'est pas orienté droit vers l'Est vrai (voir le "1" ci-dessus). Et pour finir : L'objet en question est un carré où l'angle est près de - mais pas identique à - l'angle de solstice (pour les détails voir le "6").
     3. Les photos en dessous, montrant le soleil levant au-dessus du linga (le cassé) le jour d'équinoxe, ne prouve rien. Les deux photos sont prisent après le lever du soleil et pas de la même place. La photo de gauche n'est pas prise de l'axe central, qui peut être vu des portes qui ne sont pas à niveau. Le photographe s'est apparemment déplacé à un endroit d'où le soleil était visible sur le linga (ad hoc !). La photo de droite semble avoir été prise près de l'axe central de la structure. L'auteur de cet article a ajouté la ligne rouge qui représente la trajectoire du soleil levant et le cercle blanc qui représente le point équinoxial supposé (pour une analyse plus exacte de la photo, voir en "7" Le point équinoxial).

Photo au dessus : Equinoxe de printemps 2000.
Courtoisie de Mr. Sansonthi.
Photo au dessus : Equinoxe de printemps 2000.
Courtoisie de Mr. Sansonthi.

     Prasat Phu Phek ne peut, par conséquent, être considéré comme un "calendrier solaire" indiquant les jours d'équinoxe et les jours de solstice. Particulièrement parce que le socle et le linga ont été "rélocalisés" de leur place d'origine ou supposée comme tel. Ni l'un ni l'autre de ces deux objets ne sont parallèles entre eux, ni orientés vers le point équinoxial.
     Prasat Phu Phek pourrait, à un certain degré, être regardé comme un "calendrier solaire" s'il était prouvé que l'axe central du temple est prouvée était orienté droit vers l'Est vrai. Dans ce cas alors les rayons du soleil se levant le jour de l'équinoxe (Nouvelle Année Vedic) éclairerait le linga (situé dans le sanctuaire central) en pénétrant dans le temple au travers des portes Est non achevées).

     L'auteur croit que c'était l'intension du constructeur de Prasat Phu Phek (représenter visuellement la Nouvelle Année Vedic). Mais cela ne rend pas Prasat Phu Phek unique pour autant : approximativement 30% de tous les anciens temples Khmer, barays (réservoirs d'eau) et localisations anciennes sont orientés vers l'Est vrai.

 

5. Détermination de l'orientation

     Ce chapitre va montrer diverses méthodes utilisées par l'auteur pour déterminer l'orientation vrai d'une construction.
     Toutes les méthodes ont été utilisées par l'auteur, depuis février que 2004, dans ses recherches sur le terrain en vue de déterminer l'orientation de toutes les anciennes structures Khmer du Nord-Est de la Thaïlande et du Sud du Laos. Plus tard quelques-uns des presque 3.000 temples au Cambodge seront visités.

5.1. Midi solaire

     L'idée dans cette méthode est d'observer les ombres du soleil au midi solaire, quand le soleil passe le méridien - ceci est aussi appelé la culmination du soleil. Si la structure en question est orienté droit Nord-Sud vrai alors l'ombre sera alignée avec la structure au midi solaire.
     Cette méthode n'est pas 100% exacte. D'abord parce qu'il est difficile de décider exactement quand le soleil est aligné avec la structure. Ensuite parce que la structure doit être verticale et que c'est rarement le cas avec une structure ancienne - ni avec une structure rénovée d'ailleurs. La méthode donne une indication brute et doit être suivie par la mise en oeuvre de méthodes plus rigoureuses.

     Les photos ci-dessous montrent l'ombre dans la porte Est de Prasat Phu Phek. Il fut calculé que le midi solaire le jour de l'équinoxe, le 21 mars 2002, était à 12:11:31. La photo n° 3 ci-dessous (à 12:10:00) a été prise apparemment lorsque l'ombre était alignée avec le seuil. La différence entre le calcul et l'observation est de 1:31 minute et indique que la porte n'est pas orientée plein Nord-Sud et que le sommet du chambranle ne s'oriente pas plein Ouest.

     Des notes de terrain de l'auteur : "Follow up - Cette structure est proche d'une orientation équinoxiale !"

12:04:00 12:06:00 12:10:00 12:14:00



5.2. Compas:

     Utiliser un compas pour déterminer l'orientation d'une structure donne des résultats plus exacts que la méthode 5.1., mais il y a quand même quelques obstacles. Un des obstacles est la déclinaison magnétique, qui est la différence entre le Nord magnétique et le Nord vrai. La déclinaison magnétique est différente d'un emplacement à un autre. Un autre obstacle est celui de choisir les points fixes pour s'aligner.
     Le point équinoxial est en rapport avec Nord vrai car il est localisé à l'Est vrai. Une carte militaire informe de la déclinaison magnétique locale. L'auteur préfère déterminer lui-même la déclinaison magnétique. A son site test dans la région de Phu Phan, à quelques 70 Kms de Phu Phek, la déviation magnétique locale calculée est de 2,5° et cette valeur est utilisée également à Phu Phek. Les calculs effectués au Prasat Phanom Rung, grâce aux observations solaires, ont déterminés une orientation à 84,5° et comme le compas montre lui 87,0° le même chiffre de 2,5° est utilisé là aussi - et dans la région également.
     La difficulté de choisir les points fixes pour s'aligner n'existe pas quand on mesure, par exemple, depuis un mur verticalement droit. Mais mesurer une ruine peut être souvent difficile. La meilleure solution est de trouver (de creusez !) des fondations et ensuite d'y dresser verticalement des morceaux de bois, mais c'est illégal.
     Pour l'usage du compas il y a deux choix : un compas militaire et/ou un compas-carte. Le premier pour les longs alignements, le dernier pour les courtes orientations.

 


Au dessus : Compas militaire
 
Au dessus : Compas-carte

A noter que le compas ci-dessus n'est pas parallèle à la ficelle verte. La ficelle est orientée à l'Est vrai en alignement avec le soleil. Le compas est aligné à 90º Est magnétique. La différence est la déclinaison magnétique.

 

Lecture de compas au Prasat Phu Phek:

     Compas militaire :
     Le temple le long de l'axe central de l'escalier Est à travers le sanctuaire central = 182,5° Ouest magnétique = 92,5° Est magnétique. Et 92,5° Est magnétique moins 2,5° de déclinaison magnétique => 90,0° Est vrai..

     Compas-carte :
     Le socle : 90,08 Est magnétique => 87,58 Est vrai.
     Le lingam (moyenne) : 87,08 Est magnétique => 84,58 Est vrai.

 

5.3. Mesures GPS

     Un appareil GPS peut également être utilisé pour déterminer l'orientation. Deux méthodes sont utilisées. L'une base ses calculs sur des points de passage (waypoints), mais dû à la marge d'erreur de ± 6 mètres (décidée par l'armée américaine) de longues distances entre les waypoints sont nécessaires pour obtenir des résultats raisonnablement exacts. Une autre méthode est la "mesure de tracé" par laquelle on peut obtenir de bons résultats (et meilleurs que par la lecture d'un compas) sur des distances de 50 mètres et plus. Les deux méthodes sont décrites ailleurs et n'ont pas été utilisées à Prasat Phu Phek à cause de courts champs de vision.

 

5.4. Observations des levers du soleil

     L'observation du soleil levant aligné avec l'axe central du temple est la méthode ultime et la plus exacte. Cela n'a pas été fait à Phu Phek parce que l'auteur, à l'équinoxe, vérifiait ses portes solaires sur son site test d'astronomie expérimentale.
     Pour conduire des observations du lever du soleil au Prasat Phu Phek une porte Est intérimaire, à l'escalier Est, devrait être élevée. Au moins deux portes sont nécessaires pour déterminer l'emplacement du soleil levant en relation avec la structure du temple.

 

6. Le socle carré comme outil de calendrier

     Le socle de Prasat Phu Phek est parmi les archéologues connu sous le nom de "socle pour placer des auspices". Les auspices sont supposés avoir été placés dans les petits trous carrés. Le trou central est censé avoir contenu une représentation religieuse. Le socle ne doit pas être confondu avec un yoni qui recevait un linga et aussi un drain pour l'écoulement des eaux sacrées. Ces socles furent trouvés dans beaucoup d'anciens temples Khmer et sont carrés ou rectangulaires. Le socle trouvé à Prasat Phu Phek appartient au type carré.


     Le socle de Prasat Phu Phek est, par Monsieur Sansonthi, considéré comme un surya phattithin ou "calendrier solaire". L'argument est que l'alignement du centre du trou central sur le côté Ouest du socle vers le centre du trou du coin du côté Est pointe vers le soleil levant au solstice (voir dessin ci-dessous).
     Mais ce n'est pas correct : toute forme carrée donne, du milieu d'un côté donné au coin du côté opposé, un angle = 26,57°. Et l'angle du soleil levant de l'azimut du point équinoxial à l'azimut du lever du soleil au solstice est, en 2004 après J.C., égal à 24,60° à la latitude de Phu Phek (cet angle est appelé ici un angle solsticial). La différence est +- 2° (voyez dessin et calculs ci-dessous).


Au dessus : Photo du socle

A droite : Dessin schématique du socle.
 

 

L'angle solsticial à Phu Phek :    
     
Aux solstices de 2004 après J.C. (soleil visible à 50 %) :    
Hiver : 114825'21"  
Eté : 65813'35''  
Différence : 49811'46''  
"Angle solsticial" = la moitié de la différence ci-dessus : 24835'53''  = 24,608
     
Aux solstices de 1066 après J.C. (soleil visible à 50 %) :    
Hiver : 114832'48''  
Eté : 65806'13''  
Différence : 49826'35''  
"Angle solsticial" = la moitié de la différence ci-dessus : 24843'18''  = 24,728
     
La différence entre l'angle solsticial en 2004 après J.C. et 1066 après J.C.  =   0,128 (= 0807'12'')


0,128 ne dit pas grand chose, mais comparé avec le diamètre du soleil qui est de 0.528 la différence est de 23 % du diamètre du soleil (la réfraction n'a pas été estimée).
Et quand on compare 0807'12'' avec les différences dans l'azimut du soleil levant les jours autour du solstice comme rapporté ci-dessous la différence devient plutôt erroné.

 

Azimut du soleil levant à Phu Phek autour du solstice d'hiver 2004 :

Le 21 décembre : 114825'19''

Le 22 décembre : 114825'21'' => différence d'avec le jour avant = 0800'02''

Le 23 décembre : 114824'52'' => différence d'avec le jour avant = 0800'29''

Le 24 décembre : 114823'56'' => différence d'avec le jour avant = 0800'56''

Le 25 décembre : 114822'25'' => différence d'avec le jour avant = 0801'31''

Le 26 décembre : 114820.27'' => différence d'avec le jour avant = 0801'52''

Le 26 décembre : 114817'59'' => différence d'avec le jour avant = 0802'28''

     Les petites différences dans l'azimut du soleil levant, de jour en jour, autour des solstices démontre clairement combien il est difficile de déterminer le jour du solstice par des observations solaires à moins que les alignements soient de 10 Kms ou plus. Un alignement avec un socle est impossible.

Remarque finale : Comme l'angle solsticial change avec le temps - comme démontré ci-dessus - il change aussi suivant la latitude : une latitude plus du Nord aura un plus grand angle solsticial, donc si le socle carré avait été déplacé quelque part dans le Sud de la Chine, alors l'angle solsticial serait identique à "l'angle de la demi-diagonale" sur 26.57° - et le socle (si agrandi) pourrait servir comme un "calendrier solaire", mais la réalité est que ces socles ne se trouvent que dans la zone d'influence de l'ancien empire Khmer.

Au dessus :
Le socle et les linga ne sont pas alignés les uns avec les autres.

Au dessus : Le compas lit 90,0° indiquant ainsi que l'orientation vraie est de 87,5°

 

7. Le point équinoxial
 

     La photo de droite a été aimablement envoyée par Email à l'auteur, en 2000, par Monsieur Sansonthi, mais il manque une vue avant permettant de donner une certaine orientation de la structure. Il manque aussi d'horizon, l'emplacement de l'appareil photo, le temps chronométré à la minute près et une forme claire du soleil. Les seules informations étant l'équinoxe du printemps du 21 mars 2000 et l'emplacement.

     Avec les informations manquantes l'auteur serait capable de déterminer le point équinoxial, où le soleil monte à l'horizon mathématique le jour de l'équinoxe.

 

 

      Dans une tentative établir l'alignement et l'horizon l'auteur a visité Prasat Phu Phek quelques jours avant le solstice d'hiver 2002 avec quelques ouvriers qui avaient été formés en nivellement et en alignement sur le site test de l'auteur. Ils ont aussi apporté des bâtons de bambou pour l'alignement et un long tuyau de jardin en plastique clair pour le nivellement.

  Au dessus : Nivellement

 

A gauche : Aligner l'axe du centre de la structure du milieu de la porte Est du sanctuaire central avec le milieu de l'escalier.

Lecture du compas : 92,5°

A noter que le socle et les linga's sont placés à l'extérieur de l'axe central et qu'ils ne sont pas de niveau.

 

A droite : Analyse photographique

     Basé sur des agrandissements des photos ci-dessus, l'auteur a d'abord dessiné l'horizon mathématique et l'alignement sur la photo précitée. Ensuite la trajectoire du soleil levant a été ajoutée en dessinant une ligne (bleu) avec un angle semblable à la latitude de l'emplacement du soleil. Le cercle jaune indique l'emplacement supposé du soleil levant qui devrait être très proche du point équinoxial, qui devrait encore être localisé où l'horizon mathématique croise la ligne de l'alignement. Mais ce n'est pas ainsi.
     La raison majeure est que l'équinoxe de 2000 était le 20 mars - pas le 21 mars (!).

 

A droite : Lever du soleil à Phu Phek 21 mars 2000

     L'analogie entre les 2 descriptions du soleil levant à droite et la photo du soleil levant au-dessus est claire. Cela indique que le point équinoxial est localisé où l'horizon mathématique croise la ligne de l'alignement - et que la structure est alignée vers le point équinoxial..

      L'auteur pense déjà à prendre des photos du lever du soleil, de l'axe central de la structure durant les jours autour de l'équinoxe de 2005 et à cette occasion d'aussi déterminez l'horizon local réel qui est inférieur à l'horizon mathématique à cause de la localisation élevée de Prasat Phu Phek.

 

Littérature :
The Ancient Khmer Empire, Lawrence Palmer Briggs, Philadelphia, 1951.
Ancient Sites in NE-Thailand. Fine Arts Department (F.A.D.). Bangkok.
Khmer Heritage In Thailand, with special emphasis on temples, inscriptions and etymology, Etienne Aymonier, Bangkok, 1999.

 

Asger Mollerup

21 june 2005

www.thai-isan-lao.com